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Prendre en main l'entreprise et limiter les écueils psychologiques

L’heure est venue pour le repreneur de passer à l’action. Comment réussir son entrée dans l’entreprise ? Quelles précautions prendre ? De quels outils s’aider ? Premier aperçu.


Les défis à relever pour le repreneur d’entreprise ne prennent pas fin avec la signature de l’acte de cession. Une fois l’entreprise devenue sienne, il doit endosser son nouveau rôle de dirigeant rapidement sans en oublier aucune facette. Surtout lorsqu’il reprend une PME, le chef d’entreprise va devoir assurer toutes les fonctions, de la production à l’administratif en passant par le commercial, la logistique, le management. Ce peut être difficile car le repreneur a souvent un côté du métier qui lui plaît davantage, mais il ne doit pas négliger le reste.

RASSURER POUR BIEN COMMENCER

Parmi les premières mesures à prendre, le repreneur doit s’efforcer de rassurer le personnel de l’entreprise. Il doit s’interroger sur les attentes des salariés et s’assurer qu’ils adhèrent bien à son projet. Il doit aussi gagner la confiance des partenaires de l’entreprise, qu’il s’agisse des banques, de ses fournisseurs ou des clients. Il faut les convaincre que le changement de propriétaire de l’entreprise n’altérera pas les relations établies entre eux jusque-là.

IMPLIQUER LE CÉDANT

Pour gérer au mieux cette phase de transition sans flottements, l’implication du cédant est un véritable avantage. Prévoir une période d’accompagnement du repreneur par le cédant s’avère très efficace. Cela permet de mieux gérer les contacts avec les fournisseurs, les salariés ou les clients. Le cédant peut aider le repreneur à faire accepter son projet.

Dès sa prise de fonction, le nouveau dirigeant va aussi devoir apprendre à gérer le quotidien de l’entreprise. Il peut pour cela s’appuyer sur son cabinet d’expertise-comptable. Le cabinet peut s’occuper de toute la partie comptable, du social et du fiscal par exemple. Cependant, il ne peut assurer correctement sa mission que s’il dispose des informations nécessaires. Il faut donc très vite que le dirigeant voie avec son cabinet quels éléments il doit lui communiquer et comment. Il encourage en outre les chefs d’entreprise à ne pas hésiter à exprimer leurs besoins auprès de leur expert-comptable, qui peut assurer un large éventail de missions et a surtout un devoir de conseil.

SURVEILLER L’ACTIVITÉ À L’AIDE DU TABLEAU DE BORD

C’est ainsi avec son expert-comptable que le repreneur peut prévoir la mise en place de différents outils de gestion afin de surveiller la bonne mise en œuvre de son plan de reprise. On peut par exemple mettre en place un tableau de bord, avec différents indicateurs comme le chiffre d’affaires et la trésorerie et vérifier que tout se passe bien. Il peut notamment être utile de surveiller le poste clients car on peut avoir un chiffre d’affaires important mais, si le dirigeant ne s’est pas soucié d’encaisser rapidement, cela posera problème.

Une fois les premiers mois d’activité passés, une première analyse doit aussi permettre de comparer les réalisations avec les prévisions du plan de reprise et de procéder si besoin à quelques ajustements. En faisant une situation intermédiaire avec un bilan et un compte de résultat à six mois, sans attendre l’achèvement d’un exercice complet, on se donne les moyens de corriger rapidement le tir en cas de problème. Si tout va bien, c’est l’occasion de rassurer le dirigeant. En cas de doute, le repreneur ne doit en tout cas pas hésiter à solliciter son cabinet, véritable allié de terrain, pour réussir la prise en main de l’entreprise.

REPRENEURS : LIMITEZ LES ÉCUEILS PSYCHOLOGIQUES

La reprise d’une entreprise mobilise énormément de moyens et d’énergie de la part du futur chef d’entreprise. Une activité qui ne lui permet pas toujours de tenir compte de la dimension psychologique de son choix. Pourtant, y accorder de l’attention peut éviter bien des mauvaises surprises aux repreneurs.

Trop absorbé par la recherche de financement, la découverte du fonctionnement de l’entreprise cible ou l’étude des conséquences fiscales et sociales de sa future condition de patron, le candidat à la reprise d’une entreprise peut facilement sous-estimer l’importance des aspects psychologiques de cette opération. Pourtant, le rôle de repreneur, au-delà des questions techniques, n’est pas toujours facile à assumer.

RESTER VIGILANT POUR ÉVITER LES BLOCAGES

Cela peut se traduire par un frein au moment de l’achat, qui vient de la peur de ne pas être à la hauteur. Une inquiétude que l’on découvre petit à petit. Si au début du processus de reprise, le candidat fait preuve d’enthousiasme, ayant sélectionné le profil d’entreprise et le type d’activité qui l’intéressent, il découvre souvent petit à petit des aspects qu’il maîtrise moins. Plus le bouclage approche, plus on va lui demander d’être intelligent sur tous les points où il faut l’être pour devenir chef d’entreprise et en s’apercevant qu’il n’est pas bon partout, le repreneur peut être tenté de faire marche arrière. S’il ne faut pas se lancer dans n’importe quel projet, notre rôle d’expert-comptable est aussi à ce moment-là de le rassurer, de montrer qu’il pourra s’appuyer sur nous.

Reste que certains peuvent avoir le sentiment de se déguiser en endossant le costume de patron. Lorsque les repreneurs sont des salariés qui ne se sont jamais lancés à leur compte, on peut imaginer que ce statut leur convenait. Il faut donc qu’ils s’interrogent pour savoir pourquoi à ce moment cela les intéresse d’en changer.

Dans le cas où une transmission familiale est envisagée, le poids de l’histoire peut aussi être très lourd pour les enfants, dont on attend qu’ils veuillent forcément reprendre l’entreprise. En suivant le cas d’une entreprise qui existe depuis la fin du XVIIIe siècle et aujourd’hui les enfants ne veulent plus reprendre. C’est délicat pour le cédant qui aura mis fin à cette longue dynastie et en même temps il faut se mettre à la place des enfants, sur lesquels pèse une contrainte de deux siècles d’histoire Un devoir de reprise dont il est d’autant plus délicat de s’acquitter qu’il faudra, pour ce faire, tuer le père, et assumer à sa place le rôle du dirigeant.

GARDER SA LUCIDITÉ SUR SES NOUVELLES RESPONSABILITÉS

Mais les configurations les plus simples ne sont pas exemptes d’écueils psychologiques. Les candidats repreneurs ayant auparavant réussi une carrière de salarié, assumé des postes de manager, connaissant les aspects stratégiques d’une entreprise et décidant de se lancer à leur compte par le biais d’une reprise semblent ainsi a priori bien armés pour le faire. Mais ils ont parfois tendance à idéaliser les avantages de la fonction de dirigeant, en connaissant déjà certains, et à en sous-estimer les inconvénients. Au final la transmission se passe bien sur le plan opérationnel mais les repreneurs peuvent être déçus. Ce même profil peut également mettre à mal un accord qui semblait bien parti, faute de tenir compte de la psychologie du cédant. Ils ont souvent l’impression de réaliser l’opération de leur vie, et vont être extrême-ment exigeants dans les audits et les négociations, pour se rassurer. Cela peut finir par fatiguer le cédant voire lui déplaire vraiment si on ne lui parle de son entreprise que comme d’un bilan sur pattes alors que lui l’a bâtie depuis trente ans. Dans ces moments-là, le rôle des conseils pour rétablir la communication et éviter les tensions peut être primordial.